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Le "Steak de Pétrole" - Ajoutée le 10/03/2010 à 10:18.
 
 

LE "STEAK DE PÉTROLE"

 Lors de mon premier article sur la "Grippe Espagnole", j'avais évoqué l'aide que m'a apportée Monsieur Claude Gudin, un ami et chercheur de renommée mondiale, sur le bienfait des algues. À cet effet, il m'avait rédigé un dossier complet sur l'histoire du "Steak du Pétrole".
 
Je vous livre, ci-dessous, l'essentiel de ce document, avec des annotations personnelles concernant sa présentation à MARTIGUES.
 
Il y a 40 ans à Martigues, Cap Lavéra devenait le point de mire de la planète.
 
Au départ de cet épisode, une découverte du Professeur Jacques Sènes, du C.N.R.S. de Marseille : des levures, proches de celles utilisées en boulangerie et en brasserie, étaient selon lui capables de se développer sur des paraffines.
 
Alfred Champagnat, de la Société Française des pétroles BP (S.F.B.P.), eut alors l'idée d'utiliser cette découverte pour déparaffiner le gazole et en extraire ensuite les levures riches en protéines, pour servir d'aliment au bétail d'abord… puis à l'homme !
 
C’est ainsi qu’au 1er Janvier 1963, Claude Gudin, le premier biologiste recruté par la S.F.B.P. sur les conseils de Jacques Sènes, démarra le laboratoire de recherches à Martigues.
 
Et dès le 27 Août 1963, le Brevet d'invention "Procédé de déparaffinage des fractions du pétrole" (Invention d'Alfred Champagnat, Claude Gudin et Anne-Marie Moutard) était déposé.
 
Je dois dire que, sans m'en rendre compte, à cette époque-là, j'ai été impliqué indirectement dans cette affaire.
 
En effet, durant l'été 1963, j'étais de permanence à la Mairie, seul en tant qu'élu, lorsque l'employée municipale qui recevait le public à l'État Civil vint m'informer qu'un homme très agité, ingénieur à BP, faisait "un foin de tous les diables" pour obtenir la légalisation de sa signature sur son brevet.
 
J'aillai donc voir ce qu'il en étai, et M. Champagnat, l’auteur de ce "vacarme", m'expliqua l'urgence de la "chose".
 
Je ne me doutais pas, à cette époque, de l'importance de mon visa".
 
Qu’on en juge plutôt : en 1972, la première usine au monde, à Cap Lavéra, réalisa 10 000 tonnes par an de "POUP" (Protéines Unicellulaires d'Origine Pétrolière) sous le nom de Toprina.
 
Deux usines de production d'une capacité chacune de 100 000 tonnes par an furent alors construites, l'une en Sardaigne, l'autre en Sicile par "Italprotein", société groupant la BP et l'Anic italienne.
 
En 1968, la licence BP fut même vendue à la firme Kyowa Hakko au Japon.
 
Ces protéines alimentaires, dûment et scientifiquement expérimentées sur des animaux par les organismes officiels, avaient été reconnues d'excellente qualité, au point d'être intégrables dans des biscuits et consommables par l'homme. La presse s'en donnait à cœur joie avec ce qu'elle appelait le "STEAK DE PETROLE".
 
À cet effet, le Directeur du Service Communication de la BP, Monsieur Mistelli, en collaboration avec le Président du Syndicat d'Initiative, Monsieur Paul Caste, organisèrent au Pavillon d'Information de Lavéra, une dégustation de biscuits confectionnés avec, d'une part, la farine de blé et d'autre part, des protéines du pétrole.
 
Prosper Gnidzaz et Michel Titin, tous deux pâtissiers et membres du Syndicat d'Initiative, furent sollicités pour préparer les galettes. Cette manifestation rassembla, cela va de soi, une foule importante, curieuse mais aussi intéressée pour goûter ces fameuses pâtisseries, d'autant que chacun devait consigner sa préférence par un vote.
 
À la fin de la présentation, un bilan fut établi, tant pour la farine que pour les protéines.
 
Tout le monde fut berné car, en fait, il y avait tricherie. Effectivement, Michel et Prosper, dans le plus grand secret, avaient confectionné tous les biscuits avec des protéines.
Mais la démonstration était faite que la différence n'était vraiment pas évidente".
 
En 1973, l'intérêt de ces protéines de pétrole se confirma suite à un embargo d'une semaine sur le soja américain qui provoqua, effectivement, un affolement justifié chez les éleveurs français. N'oublions pas qu'en 1973, Hubert Humphrey, ancien Vice-Président des Etats-Unis déclarait : "Les ressources alimentaires sont une nouvelle forme de la puissance. Elles sont la richesse. Elles sont un nouvel atout dans notre diplomatie".
 
Tous les grands spécialistes du Tiers-monde encourageaient à l'époque les protéines de pétrole de Martigues : Josué de Castro, René Dumont, Suret-Canale, mais également, des savants comme Jacob, Monod, Lwolf (Prix Nobel) et des nutritionnistes comme Trémollières, Adrian, qui s'associèrent à cet hommage. L'UNESCO décerna son prix scientifique à Alfred Champagnat, l’auteur de l'idée.
 
Pour tout le monde, les protéines de pétrole allaient régler à terme le problème de la faim dans le monde.
 
Mais en 1976, après ce déferlement de louanges et les succès techniques obtenus à MARTIGUES, la British Petroleum ferma l'usine. Elle abandonna le procédé, et les deux grosses unités italiennes furent démantelées avant d'être mises en service pour une autre production. BP invoqua la première crise pétrolière, l'augmentation des coûts du pétrole qui plombait l'économie du procédé.
 
Le Syndicat CGT de S.F.P.B. dans une brochure rendue publique sur le marché de Martigues – avec dégustation de gâteaux aux protéines de pétrole – en présence de nombreux manifestants, donna les vraies raisons de l'abandon.
 
On peut les trouver aujourd'hui dans un texte de Robert Giry (ex-ingénieur en chef au Ministère de l'Industrie, Administrateur Principal de la Commission Européenne et Expert International "O.N.U.DI." en développement intégré) paru le 20 Juillet 2009
 
Le Cartel du soja s'était rendu compte du danger. Dans un premier temps, une campagne de désinformation a été lancée, des "pseudo experts" et des journalistes véreux accusant, contre toute évidence, les protéines du pétrole, les POUP, d'être cancérigènes. Les services américains qui manipulaient les autorités italiennes à travers la fameuse "loge P2" réussirent à faire voter une loi interdisant les "protéines du pétrole" en Italie. Les centaines de milliards de lires investies dans les deux usines du Midi ont été passées en pertes et profits sans que personne ne proteste, grâce à l'intervention de la mafia".
 
Mais la British Petroleum, qui avait investi des milliards dans cette recherche réussie, n'était évidemment pas prête à en abandonner le résultat sans des "compensations équitables". L'énumération des compensations qu'elle a effectivement obtenues suffit à démontrer l'intérêt et le sérieux de ce procédé.
 
Le Groupe BP avait, d'une part, demandé une concession en ALASKA, et parallèlement, l'autorisation d'acheter une société américaine de distribution pétrolière. Les deux requêtes furent bloquées ! Contre l'engagement d'abandonner le secteur de protéines unicellulaires, le Groupe BP obtint non seulement le déblocage de ses deux requêtes mais, en outre, il reçut du Cartel, pour une de ses filiales, un tiers du marché européen des tourteaux de soja.
 
En 1976, le procédé fut définitivement abandonné, et l'usine du Cap Lavéra rasée en 1978. Tous les documents, films, livres et publicité sur le procédé disparurent comme par enchantement.
 
Aujourd’hui, marchés du poulet, du porc, etc… prospèrent sur les protéines de tourteau de soja, et l'ordre règne dans l'agro-alimentaire… Et qui se souvient encore du "steak du pétrole" de MARTIGUES ?
 
Usine Toprino construite en 1972 à Cap Lavéra et rasée en 1978
   
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